Nolann Le Garrec, une affaire de famille

Nolann Le Garrec, en équipe de France U20

Chez les Le Garrec, le rugby est une affaire de famille.

Alain Le Garrec, le papy  est un personnage emblématique du RCV, éducateur sportif pendant de nombreuses années et un fidèle supporter à La Rabine des hommes de Jean-Noël Spitzer
Goulven, le père de Nolann travaille dans le club depuis plusieurs années, après avoir été joueur de l’équipe  1, entraîneur général en Fédérale 1,  puis entraîneur de la charnière centrale et des Skills depuis trois saisons, tout en s’occupant du recrutement de l’équipe professionnelle.
Demi de mêlée, il a été champion du monde des moins de 20 ans avec l’équipe de France, en 1995 et a intégré le monde professionnel en 1997 à Bègles Bordeaux.

Interview de Nolann

Nolann, fis et petit fils de Rugbyman, à quel âge as tu commencé le Rugby et qu’est ce qui t’a le plus passionné dans ce sport?
J’ai commencé le rugby à l’âge de huit ans au RCV en mini poussin en parallèle du handball.
Ce qui me passionne le plus dans ce sport est la diversité des tâches à réaliser sur le terrain, mais aussi la diversité des gens avec lesquels je joue:
Gros, minces, rapides tout le monde a sa place sur un terrain à condition de le mettre au service de l’équipe.

Quelle a été l’influence de ton papa dans ta formation, et quels sont les éducateurs qui t’ont marqués?
Mon père a contribué et contribue encore beaucoup à ma formation.
On passe beaucoup de temps ensemble sur et en dehors du terrain à analyser mon jeu mais aussi le jeu des autres (notamment ce qui se fait de mieux). Je peux dire aujourd’hui qu’il est à la base de ma formation mais qu’elle est complétée par l’ensemble des personnes avec lesquelles je travaille depuis quelques années au Pôle, au Racing92 et dans les équipes de France.
Quels ont été les mots de ton père et de ton grand-père quand tu as été pour la première fois sélectionné en équipe de France?
Ils étaient forcément contents mais ils m’ont très vite rappelé que d’y être c’était une chose, mais que de performer à ce niveau en était une autre.
Je me dois donc de continuer à travailler pour être performant sur toutes les échéances à venir.
Qu’est ce qui te plait le plus dans le poste de demi de mêlée?
Le fait d’être un des décisionnaires du jeu, de devoir être dans l’initiative mais aussi de coordonner l’équipe pour la faire jouer juste.
J’ai plein de situations différentes à jouer sur le terrain avec beaucoup de choses à maîtriser.

Interview de Goulven

Photo Michel Renac

Goulven, quand as tu su que Nolann avait un bel avenir dans le Rugby?
Je préfère plutôt parler de qualités et de passion pour ce sport.
Nolann s’intéresse à tout ce qui touche au rugby depuis tout petit.
Il a toujours eu un ballon dans les mains et même encore au Racing les murs de sa chambre (et ses voisins) doivent hurler… (rires).
Il est tombé dans la marmite du rugby et du RCV à sa naissance malgré lui…
Cela surprend beaucoup de gens mais c’est comme ça….
Il a senti des odeurs, écouté des discours, des analyses de jeu – de joueurs – d’équipes.
Au Racing, je crois qu’il continue ainsi: le coach des avants Espoirs (F.Guichard) m’a raconté qu’il avait failli se faire une entorse sur le pied de Nolann qu’il n’avait pas vu et qui le suivait dans son dos sur un ballon porté (alors que ce n’était pas son heure et sa catégorie d’entraînement … (rires).
Il va filmer les 1ères lignes en mêlée…
Il va vouloir lire le cahier de jeu des Pros (cahier réservé aux titulaires du match…(rires), Décortiquer les options en touche, les caractéristiques des 9 internationaux avec Philippe Doussy…
Il va aider Hadj, l’intendant: sentir le vestiaire et les maillots…
Il va coacher les U14.
Il veut connaître les stats du dernier match de Dupont, ce qui fait rire je crois Gilbert Gascou (le préparateur physique du Racing).
A chaque coup de sifflet final du match de Vannes, je reçois un appel de sa part pour débriefer le match…
Quelles sont les différences entre vous (à part l’expérience ) en tant que demi de mêlée, et où Nolann doit il le plus progresser?
Nolann est bien plus en avance que moi au même âge sur la compréhension des rapports de force, les attendus au poste, les qualités athlétiques.
Je crois quand même que ma passe est encore meilleure ! (Non ce n’est pas vrai (rires) mais Il aime être challengé…! (rires) … Il aura encore besoin de moi pour gagner le concours de longueur de passe aux fêtes de Tyrosse (rires).
Il a toujours été le plus petit de son équipe et doit faire marcher son cerveau et développer sa dextérité et sa motricité pour s’amuser…
Pour moi il y a 20 ans, m’exporter dans le Sud Ouest à Bordeaux n’était pas si évident et naturel (des Bretons il y en avait peu, c’était « une espèce rare »).

Lui, il est à l’aise et serein, et adore les ambiances de vie en groupe.
Dans le jeu, il a montré de belles qualités sur son jeu au pied contre l’Italie où il a fait avancer son équipe quand le bateau tanguait.
Il doit continuer à travailler cette efficacité et cette régularité sur ce secteur de jeu car c’est pour moi une grosse plus-value pour une équipe. C’est le secteur que je travaille le plus avec les pros à Vannes.
Il réalise aussi beaucoup de courses sans ballon et notamment pour se porter à hauteur de ses partenaires dans les zones de fracture ou de franchissement et il doit essayer de mieux lire encore ces situations pour être dans le bon espace et finir les coups.
Il en est capable. Il est « joueur » et doit garder son côté enfantin.
Enfin, il doit veiller à bien gérer ses « process » de régénération et de récupération après les matchs ainsi que bien calibrer ses semaines d’entraînement car il est plutôt généreux dans les efforts mais ça peut lui jouer de mauvais tours.
Goulven Le Garrec, Artur Coville, Nolann Le Garrec, le RCV est un bon vivier pour les demis de mêlées Français?
Je crois qu’à Vannes, il y a un discours porté sur l’initiative et la conduite du jeu.
« Opposer le fort au faible » ça parle à nos leaders de jeu.
Nos équipes jeunes jouent souvent les meilleurs clubs ou sélections régionales sans toujours avoir des équipes de joueurs homogènes.
Donc, par conséquent, il faut « s’envoyer davantage », chercher énormément de solutions en attaque comme en défense, lever la tête pour compenser.
Je pense que c’est parfois « dur » pour la charnière (notamment) mais formateur. Nolann refuse de perdre contre plus courageux que lui.
Ça, il le gardera toute sa carrière, de ses années RCV.
De plus, il faut aussi souligner que ce soit pour moi, Arthur et même Nolann (dès ses 14 ans), il y a eu des invitations à s’entraîner avec « les grands », les « Pros » sur certaines séquences et ça donne une grande confiance en soi.
C’est aussi une force du RCVannes et de Jean Noel (ou Wilfrid à ce moment là) en particulier d’avoir les « C……. » d’intégrer des jeunes et de les aider.
Pourquoi le choix du Racing?
Je l’ai déjà dit, Nolann a bu ses premiers biberons dans les vestiaires de Jo Courtel et a toujours traîné dans mes pattes et celles des autres coachs.
Ce n’est pas si simple non plus d’être le fils d’un coach dans un club…
Il a donc ressenti le besoin d’entendre un autre discours et de découvrir une autre culture du rugby.
Il a d’abord été au Pôle de Tours où il s’est éclaté rugbystiquement (avec P.Sassi et O.Dallot) mais l’éloignement géographique de cette structure et la logistique étaient trop compliqués.
Le Racing92 (JM Calice et C.Mombet), Le Stade Rochelais se sont alors manifestés. Clermont plus après, …
La Rochelle lui aurait plu au départ, du point de vue du jeu et de l’état d’esprit, des copains qu’il connaissait déjà de Tours, mais son choix s’est porté sur la structure du Racing qui lui proposait tout, surplace, et une page blanche…(Il ne connaissait personne),
Là-bas, il a une chambre qui donne sur les poteaux du terrain d’entraînement, derrière l’EN-BUT: le rêve quoi !! (Rires), à 2h30 de Vannes en TGV (même s’il rentre peu … car il a toujours un entraînement à ne pas manquer…).
Le Racing92 est un des plus grands clubs d’Europe et pour autant, Laurent Travers, Yannick Nianga, Philippe Doussy ou encore Gilbert Gascou et d’autres Quentin Vincent et Sylvain Blanchard…encadrent le travail de Nolann. Mr Lorenzetti y prête attention aussi.
Il a envie d’y réussir et s’en donne les moyens. La concurrence et le niveau d’exigence sont élevés.
Il a forcément subi par la force des choses l’influence de son environnement quand il était petit, mais aujourd’hui il est auto-déterminé.
Il se gère seul, depuis ses 14 ans sur : ses études, ses lessives, sa nourriture, son rugby…
L’avenir au Racing…(réflexion) c’est une grosse concurrence et l’obligation de la performance…Il travaille pour…
S’il ne parvient pas à ses objectifs, cela aura été une étape dans sa construction de joueur et d’homme.


Et le petit mot d’Alain Le Garrec à son petit-fils

« Je mesure l’exigence de ce sport, de tout le travail qu’il y a derrière… Le rugby, je le côtoie depuis 50 ans et j’éprouve donc du respect et une certaine fierté à voir mon fils et mon petit-fils s’exprimer à un bon niveau.
Je pourrais te parler de la motivation de Nolann et de tous les sacrifices qu’il fait parfois (comme de n’être rentré que 3 jours à Noêl pour retourner se préparer au Racing et être prêt pour les matchs de Janvier/février…)
Mais ce dont je veux bien te parler ce sont surtout mes souvenirs de « papito »: (surnom que donne Nolann à son grand-père: )
Nolann est né dans un sac de ballons d’entraînement:
Dès qu’il a su marcher, il a enfilé les crampons métalliques de son père et marchait sur le béton ou le carrelage pour imiter les « Grands » dans « le Couloir » (rires)…
Moi ce que je lui ai appris et que je lui répète chaque veille de grand match c’est:
« Allez petit ! …et dans l’en-but: on « aplatit » ! (rires)
Je n’ai pas encore été le voir en match Officiel International mais je lui ai promis que j’y serai au prochain… s’il est sélectionné !
Il va falloir que je quitte La Rabine et ma Bretagne. Pas facile ! … (rires)».