Interview Gilles Monier_Préparateur mental

 

 

LA PREPARATION MENTALE –

Entretien avec Gilles MONIER

 

 

 

 

 

Gilles Monier est un passionné de sport notamment du rugby qu’il a pratiqué par le passé. Il est formateur en coaching mental et donne des formations pour préparer à un diplôme universitaire. Gilles travaille à l’Ecole Nationale de la Voile et des Sports Nautiques basée à Saint-Pierre de Quiberon. Il fait partie de la société française de psychologie du sport.

Il a été sollicité par le staff professionnel en fin de saison dernière. Il intervient auprès du groupe professionnel sur des éléments de préparation mentale.

 

Gilles, peux-tu nous expliquer en quelques mots ce que sont le coaching et la préparation mentale ? 

En tout premier lieu, il n’y a pas de recette magique, c’est un travail sur la durée. Le coaching et la préparation mentale sont deux versants distincts mais complémentaires. On peut utiliser des techniques de l’un pour faire évoluer des comportements de l’autre.

La préparation mentale, c’est le fait d’optimiser la performance individuelle et collective par certaines techniques mentales. C’est le petit plus que l’on peut ajouter qui permet d’optimiser le comportement en associant des aspects mentaux évidemment mais également des aspects énergétiques. Cela concerne des techniques comme la gestion du stress, la motivation, la confiance en soi, la relation à l’autre et l’énergie. Ce sont des thèmes liés à la gestion des émotions et à la concentration en général.

Le versant coaching concerne l’accompagnement des personnes soit dans le cadre de la performance soit celui du projet et de l’aide au management. Cela peut-être la mise en place d’outils qui concerne les aspects relationnels et comportementaux d’un point de vue plus personnel de l’accompagnement vis à vis de l’efficacité et de la collaboration du manager.

 

Quelles formations as-tu suivi pour devenir coach mental ? 

J’ai été sportif de haut-niveau par le passé (voile) et j’ai eu la chance de préparer des compétitions au Canada en tant que coureur. A ces occasions, j’ai participé aux entraînements avec les canadiens et j’ai découvert des intervenants en préparation mentale. Les anglophones avaient beaucoup d’avance sur nous dans ce domaine. D’ailleurs le staff du club actuel s’est tourné vers cette approche plus anglosaxone d’où ma venue auprès du groupe pro. J’ai donc appris de ces échanges durant ces stages et j’ai décidé d’intégrer ces techniques. Il se trouve que j’ai fait mes meilleures performances à la suite de ces stages. Je me suis dit qu’il y avait vraiment quelque chose là à partager et cela concordait avec une période où je basculais progressivement vers l’entraînement. Je me suis donc formé à travers différents stages puis j’ai passé un diplôme universitaire en prépa mentale dans le sport et enfin un dernier diplôme à l’INSEP avec une recherche sur l’impact des émotions dans la performance. J’ai construit mes propres outils à travers mes expériences et mes recherches.

 

Où es-tu basé en ce moment ? 

Je suis basé à l’Ecole Nationale de la Voile et des Sports Nautiques basée à Saint-Pierre de Quiberon qui est un établissement national. Il y en a 4 en France (INSEP (tous sports), ENVSN (voile et sports nautiques), Cadre Noir (équitation), ENS (ski)).

L’ENVSN a différentes vocations en termes d’expertise, de formation & d’entraînement de haut-niveau avec une plateforme technologique de pointe.

 

Comment s’est créé le contact entre le groupe pro et toi  ?

Il est important de signaler qu’il est rare que le staff sportif et le Président + le Directeur Général soit tous sensibles et à l’écoute de cette démarche. C’est le cas à Vannes et cela facilite vraiment mon approche donc merci à eux tous. La préparation mentale n’est pas le facteur essentiel à la performance mais c’est un des facteurs réels.

Simon (Boisbluche), le préparateur physique de l’équipe, s’est intéressé à ce secteur et a décidé de suivre la formation que j’anime à Quiberon au diplôme universitaire. Le lien s’est fait à ce moment-là. C’était aux environs de la fin de la saison 17/18 où le club était dans le bas du classement. J’ai été contacté par le staff pour tenter d’aider le groupe a retrouvé un peu de punch et de confiance pour la fin de saison. Le constat était qu’ils avaient perdu plusieurs matchs à la suite en toute fin de rencontre et nous avons échangé avec le staff pour trouver des solutions à cette problématique. Après avoir évoqué ensemble différents exercices, le staff les a mis en place ce qui a permis de faciliter les échanges entre les individus (joueur/joueurs et joueurs/staff). Je collaborais avec le staff mais j’étais plus en retrait à ce moment-là.

 

Peux-tu nous donner un des exercices qu’ils ont réalisés par exemple ? 

Il y avait un des premiers exercices qu’ils ont bien appréciés. Chaque joueur avait collé une feuille blanche dans son dos et ils avaient tous un gros feutre. Ils étaient dans une salle. Lorsqu’il croisait un joueur, ils mettaient dans son dos ce qu’il reconnaissait en lui comme qualité. Chacun ne savait pas ce que marquaient les autres. Cela a permis de remettre les joueurs dans une dynamique positive. Il y a eu derrière une succession d’exercices, de debriefs et de situations qui ont été exploités et partagés.

 

Comment se définit ton cadre de travail ? 

Il y a 3 orientations qui ont été définies avec le Président, le Directeur Général et le staff sportif qui sont les suivantes : 

  1. l’accompagnement d’un point de vue managérial de Jean-Noël Spitzer 
  2. un travail de collaboration avec le staff
  3. un travail plus individuel avec les joueurs

Le but est au final de créer des échanges fructueux entre les joueurs entre eux mais aussi entre le staff et les joueurs. 

 

Quel est pour toi le poids de la préparation mentale dans la performance ? 

C’est un des maillons qui fait partie d’une chaîne..  Si on en enlève un, la chaîne ne fonctionnera pas bien. En fait, tout le monde en fait tous les jours de la préparation mentale. Tout le monde se parle à soi-même, tente de se remotiver, se projette dans une action à venir, etc. Certains en ont besoin plus que d’autres et par expérience, c’est souvent ceux qui sont le plus réfractaire qui en ont le plus besoin ! Nous ne sommes pas les docteurs des boyaux de la tête comme j’ai pu l’entendre par le passé (lol). On est vraiment dans l’analyse des comportements et non pas dans l’analyse clinique. 

 

Est-ce que tu peux nous citer plusieurs techniques de préparation mentale ? 

Je travaille souvent à partir d’extraits vidéos. Je demande à Aymeric (l’analyste vidéo du groupe pro) ou aux joueurs eux-mêmes de me transmettre des extraits avec lesquels nous analysons ensemble les comportements sur les actions visionnées. D’abord en répertoriant les comportements positifs et performants puis sur ceux négatifs. On travaille sur la technique de concentration dans le match c’est à dire revenir sur la décision qu’ils ont prise à l’instant T. On regarde ce qui a été fait et quels étaient les comportements attendus logiques en temps normal qu’ils auraient dû mettre en application par rapport à la tactique mise en place par le staff (placements, prise d’informations ou passes par exemple). On revient donc à ce niveau et le joueur analyse ce qui s’est passé à ce moment-là pour amener cette mauvaise prise de décision. On va donc travailler sur la prise d’informations puis travailler en imagerie. C’est à dire que le joueur va se projeter dans la même situation en adoptant les bons comportements pour qu’il puisse se re-concentrer pour les actions suivantes. Ce sont des techniques d’évocation de la situation et d’imagerie qui ont du sens pour le joueur. 

Il y a d’autres techniques également liées à la communication et le leadership. On va travailler sur la forme de la communication (comment je fais, comment je me place, est-ce que tout le monde est attentif et réceptif à mon message). D’ailleurs dans le travail collectif que l’on a évoqué précédemment, on a décelé différentes qualités mises en avant que l’on classer et qui font ressortir les profils de leader : 

  • les qualités de coeur (l’affect est important)
  • les qualités de trippes (ne rien lâcher, motivation, etc)
  • les qualités d’énergie (il court tout le temps, etc)
  • les qualités mentales (prise de décision, etc)

 

Est-ce que tu peux proposer un exercice facile à travailler pour nos supporters ? 

Ils peuvent faire un travail d’imagerie. Lorsque les gens sont stressés, anxieux et énervés , il faut travailler sur une image « ressource ». Cette image est un moment positif qu’ils ont vécu par le passé de repos, de détente et de calme dans un endroit où ils se sentent en confiance. Ils doivent se le garder en tête. C’est pour cela que je propose aux gens qui suivent ma formation de venir sur Quiberon à la plage ou à la côte sauvage pour obtenir cette image ressource à la plage avec du soleil au calme s’ils n’en ont pas. Il faut bien analyser ce moment et en ressortir tous les sens liés à ce moment que ce soit des couleurs, des parfums & odeurs, des bruits & des formes. Grâce à cela, on peut se ressourcer et transformer son état physique à travers ce travail de relâchement et d’imagerie mentale.

 

 

Merci a toi Gilles de nous avoir partagé ce moment.

 

Bon courage pour la suite de l’aventure rugbystique avec le RCV mais aussi à l’Ecole Nationale de la Voile et des Sports Nautiques.

 

A bientôt

 

L’équipe Communication