Interview de Goulven Le Garrec

Goulven Le Garrec, un historique du RC Vannes, a intégré le staff depuis 2017.

Déjà entraîneur du RCV avec la montée acquise en Fédérale 1 en 2006, Goulven apporte son expertise à l’effectif professionnel

Interview

Goulven, comment as tu eu le virus du Rugby et à quel age as tu commencé?
Le virus du rugby je l’ai eu pendant la Coupe du monde 87 où la France avait battu l’Australie en demi-finale de Coupe du Monde dans un match d’Anthologie avec de magnifiques essais français et surtout l’essai victorieux de Serge Blanco en toute fin de match qui qualifiait l’équipe en Finale contre les Blacks.
L’année d’après je commençais le rugby à 12 ans à la Section Sportive du Collège St Exupéry à Vannes que mon père a créé. (Photo jointe)


Tu t’es fixé ensuite au poste de demi de mêlée, qu’est ce qui t’a plus dans ce rôle et les qualités qu’il fallait pour l’occuper?
Le 9 est un chef d’orchestre, le patron sur le terrain et le relais de l’entraîneur. Il doit être en connexion avec l’ensemble de ses partenaires et du staff.
C’est un poste à responsabilités car tous les ballons passent par lui. Il est à l’origine des choix de lancement du jeu, de la variation des formes et des sens de jeu, mais aussi du tempo de son équipe: Tantôt accélérateur, tantôt gestionnaire, tantôt passeur, tantôt 1er attaquant.
Il recadre parfois ses partenaires et impulse de la rigueur. Il doit à contrario savoir se faire apprécier de ses « gros » notamment (en étant taquin et généreux) pour créer cette complicité indispensable au don de soi et à l’écoute réactive des partenaires.
La base du poste c’est la qualité de passe et les plus-value du poste c’est la capacité à se transformer en 1er attaquant en portant la balle dans les espaces libres et à suppléer le 10 sur le jeu au pied.

Tu as commencé très jeune en équipe première du RCV, qu’est qui t’avait le plus marqué ce jour là?
J’ai joué à 17 ans en première à Vannes en Fédérale 3 et je découvrais un Rugby d’adulte très rugueux où le combat primait sur le volume et la vitesse du jeu. Les anciens du club qui jouaient avec moi à cette époque comme Patrick Le Garjean ou les frères Henrio pour ne citer qu’eux verront bien de quoi je parle. Les couleurs du club étaient généreusement défendues et le prix du cm carré valait déjà très cher!

Tu as connu l’équipe de France des moins de -20 avec Garbajosa et Marconnet, quels en sont tes meilleurs souvenirs?
Un titre de Champion du Monde FIRA -20 ans obtenu contre les Argentins en 1995, un match au mythique « Arms Park  » de Cardiff contre les -20 Gallois (Photo) et aussi un match d’ouverture avant All Blacks/Sélection Côte Basque en 1995 où j’avais pu voir de près le phénoménal Jonah Lomu.


Tu es parti ensuite à Bègles Bordeaux au début de l’aventure du Rugby professionnel tout en poursuivant tes études, comment as tu vu son évolution depuis?
Oui j’ai connu le début du professionnalisme en 1997 à Bordeaux (photo jointe). Ce qui a le plus changé, c’est bien évidemment la précision et le calibrage des séances du point de vue de la charge et l’intensité des séquences (l’utilisation des données GPS…) et la préparation physique des joueurs dans son ensemble, ainsi que tous les outils de feed-back vidéos dont disposent aujourd’hui les joueurs pour progresser.
Le jeu en est bien évidemment impacté du point de vue de l’intensité des contacts et du volume global.
Les staffs se sont aussi énormément densifiés, diversifiés et spécialisés.


Malheureusement blessé, tu as dû interrompre assez tôt ta carrière de joueur, parle nous de tes premiers pas comme entraîneur du RCV avec la montée en Fédérale 1 et l’évolution de ton club?
Revenir dans mon club de formation a toujours été une évidence car j’y ai toujours trouvé des regards bienveillants. Les responsables de l’époque n’ont pas eu peur de faire confiance à un gamin de 25 ans pour diriger l’équipe. J’y ai mis beaucoup de temps, de travail, de réflexion, de coeur et d’énergie avec mes collègues de l’époque (Christophe Grolleau et Jean-Noel) pour compenser un manque d’expérience et quelques erreurs de jeunesse! L’aboutissement du travail a été cette montée en F1 avec un final énorme (12 matchs consécutifs sans défaite) et les mêmes émotions que la montée du club en ProD2 (photo jointe).


Aujourd’hui c’est Jean-Noël le patron et je me retrouve dans cette énergie, cette réflexion et cette programmation qu’il doit gérer au quotidien pour assurer l’avenir du club.

Tu as eu un rôle important avec les jeunes du RCV pour définir une philosophie de jeu générale au club, peux tu nous parler de ta conception du Rugby et comment les jeunes du RCV y adhèrent?
Ces 4 dernières années, j’ai eu en charge de gérer la transversalité au sein des catégories jeunes. Il s’agissait d’établir des Projets de Jeu communs à toutes les équipes et Un plan de Formation de club (où des thèmes et des contenus de travail sont priorisés par rapport à l’âge et au jeu souhaité). Un jeu de mouvement joué au maximum debout en continuité avec un minimum d’arrêt du ballon, basé sur une circulation des joueurs commune à toutes les catégories et sur un référentiel commun d’attitudes et de communication, où l’initiative laissée au joueur est prépondérante. Cette identité de jeu est certes perfectible (notamment au regard des championnats nationaux que nous avons intégrés dans toutes les catégories) mais je pense pouvoir dire bien visible et parfois reconnue.
Formaté au rugby Bèglais où la qualité de la conquête, le jeu axial, la qualité du jeu au pied, la rudesse et le gain de la ligne d’avantage comme préalable à toute forme de jeu étaient omniprésentes, j’y accorde toujours aussi une grande importance.

Depuis 2017, tu donnes un coup de main au secteur professionnel sur les skills et sur certains postes, comment fonctionnez vous avec Jean-No et Wil?
Depuis Janvier, Jean-No et Wil me demandent d’intervenir sur certaines séquences de technique individuelle (notamment au poste de 9), puis depuis juin sur la relation 9-10, la gestuelle des Centres et la motricité/habileté du 5 de devant.
Mon rôle est celui d’un assistant, qui doit essayer de dégager du temps et de l’énergie au staff pour leur permettre de maintenir un maximum de fraîcheur pour gérer le groupe et la compétition. Je suis dans l’échange pour coller au plus près aux attendus du Projet de Jeu et aux Plans de Jeu impulsés par Jean-No et Wil. Je m’efforce aussi de prendre du recul, d’observer, de questionner et donner mon avis ponctuellement.
Mon rôle auprès des joueurs est celui d’un « accompagnateur technique et tactique ». Tous nos joueurs ont déjà un fort bagage et sont dans la réflexion. Il s’agit avant tout d’échanger avec eux sur leurs besoins et de les accompagner dans ce sens. L’objectif premier est de « les rendre plus forts sur leurs points forts », ensuite seulement de leur apporter une variété nouvelle dans leurs gammes. Les outils techniques sont au service de la confiance du joueur, et de la prise d’initiative qui en découle mais aussi au service de sa clairvoyance ( le regard est libéré ) et de son engagement maximal.

Tu as aussi participé de manière active au recrutement, qu’avez vous surtout recherché dans le profil des joueurs?
Nous avons supervisé une quarantaine de joueurs et vu une centaine de matchs pour réaliser le recrutement. Jean-Noël et Wilfrid ont souhaité homogénéiser le niveau d’ensemble de l’équipe en recherchant des profils de joueurs proches du niveau des joueurs régulièrement alignés l’an passé et sur certains postes quelques porteurs de balle supplémentaires (donc quelques joueurs dégageant de la puissance-vitesse).
Une attention particulière a été portée aussi sur de jeunes Espoirs à fort potentiel.

Comment concilies tu ta carrière professionnelle et le Rugby Pro?
La clé c’est surtout la famille! J’ai la chance d’avoir une famille très sportive, embarquée dans l’aventure du rugby à Vannes depuis très longtemps, qui partage la passion du RCV et du sport en général, qui connait donc et compense les contraintes inhérentes à mon investissement.

Vendredi à Béziers, le RCV attaquera sa seconde saison en Pro D2, quels vont être les pièges à éviter et quels sont les atouts des Vannetais dans ce championnat professionnel?
L’équipe a exprimé tout son potentiel notamment sur les 7 derniers matchs, avec un équilibre dans les formes de jeu proposées, beaucoup d’engagement sur la ligne d’avantage et une conquête forte. Elle a rivalisé, voir dominé les meilleurs sur cette période. Tous ces ingrédients seront à remettre en place dès vendredi.

Tout le RCV sera derrière vous, le Staff et les joueurs, pour cette nouvelle saison en Pro D2.

Et on sait que vous serez à la hauteur!